Baptiste Mulliez, 29 ans : « Avec l’alcool, je me sentais enfin libre »

Un jumeau qui prend trop de place, un père autoritaire, un rêve professionnel qui s’écroule, Baptiste ne trouve plus sa place dans le monde. À 15 ans, il découvre l’alcool. Boire lui donne un sentiment de liberté. À 24 ans, boire lui fait oublier la dérive de sa vie. Malgré les épreuves et les drames, l’amour de sa mère finira par le sauver. Baptiste est abstinent depuis 5 ans. Pour se reconstruire, il a co-écrit avec Judith Lossman son histoire dans un livre : D’avoir trop trinqué, ma vie s’est arrêtée.

Quelle que soit l’addiction, elle est le reflet d’une souffrance. Certaines personnes y sont plus prédisposées que d’autres ; c’était mon cas. Mon mal-être a commencé dès ma naissance. J’ai un frère jumeau et nous avons grandi en miroir. Pour trouver ma place et recevoir autant de reconnaissance et d’attention de ma mère, j’ai voulu me différencier de lui. Tout cela est bien entendu très inconscient car j’adore mon frère, nous avons une relation très fusionnelle. Il était très cérébral, cadré, rationnel. J’ai donc dû trouver mon terrain à moi : le sport, la sensibilité, l’exubérance. J’étais très fier d’être meilleur que lui en en athlétisme, au foot, d’avoir ce côté explosif.

L’éducation à la française n’était pas faite pour moi

Enfant, nous habitions à Londres. Le système éducatif anglais correspondait parfaitement à ma personnalité. Dans les écoles britanniques, les professeurs t’encouragent dans tes qualités, te poussent à devenir la personne que tu es vraiment. Mais ma mère voulait que nous ayons une éducation à la française et à 8 ans, je suis donc allé dans une école française. Mais je ne rentrais pas dans le moule. J’ai alors commencé à faire mes premières crises d’angoisse et je suis même tombé malade. C’était sûrement la somatisation de mon mal-être. J’avais un père très autoritaire qui considérait que quelles que soient les épreuves, il fallait faire preuve de force et de volonté. Il a d’ailleurs lui-même eu un parcours incroyable. Je ne devais pas montrer mes faiblesses, donc je n’ai rien dit.

Je me suis construit une mésestime chronique

À Paris, j’étais dans un collège puis un lycée Jésuite. Je faisais comme si tout allait bien mais je continuais mes crises d’angoisse et mes insomnies. Je me suis construit une mésestime chronique. À cette époque, je rêvais de devenir joueur de football professionnel. À 15 ans, j’aurais pu choisir d’entrer en sport étude mais je n’ai pas osé me confronter à mon père et imposer ma volonté. Je ne me suis pas senti écouté. Le jour où le foot est sorti de ma vie, l’alcool est entré pour combler le vide.

Avec l’alcool, je retrouvais ces moments de l’enfance où j’étais heureux

Dès la première gorgée, j’ai senti que je pouvais exprimer mon feu intérieur. Je me sentais bridé dans ce collège, bridé par l’autorité de mon père. Avec l’alcool, je retrouvais ces moments de l’enfance où j’étais heureux et où je pouvais exprimer qui j’étais. Je me sentais enfin libre.

Le « Before » était devenu un rituel incontournable

Dès le début, un passage était devenu incontournable : le Before. On se retrouvait entre mecs avant une soirée, on buvait comme des dingues et on arrivait à la fête déjà ivre. Si je n’avais pas ce Before, la soirée était ratée. En réalité, très vite, je ne vivais que pour cela. Dès le début de la semaine j’y réfléchissais. Où allait-on se retrouver ? Déjà à cet âge, je me faisais vomir à 22h pour pouvoir continuer à boire. J’avais quand même un garde-fou : mon père. Il me donnait un cadre, des heures de sortie à respecter. Ces règles m’ont permis de garder le contrôle.

J’étais sans limite, je ne refusais rien 

Je me suis créé un personnage de mec dur, qui boit pour montrer son côté masculin. Je ne devais pas montrer ma sensibilité. J’étais sans limite, je ne refusais rien : les shots, les cul-secs, j’étais toujours le premier. Je pensais que les gens m’aimaient pour ce côté déluré. J’étais surtout en quête de reconnaissance et d’amour.

À 17 ans, je ne vivais que pour l’alcool

Très vite les soirées n’ont plus suffi. Vers 17-18 ans, je commençais à boire plus tôt et finissais de plus en plus tard. J’étais triste et je n’existais pas sans alcool. Je ne me sentais libre que lorsque j’avais bu. J’ai commencé à boire après les cours. J’étais super fier d’avoir cette descente, à tel point que je collectionnais les bouteilles vides dans ma chambre. Sur mon étagère, elles avaient pris la place des livres. C’était ma vitrine alcoolique et j’en étais fier ! En réalité, je pense que c’était un appel au secours.

Papa est mort brutalement d’une crise cardiaque et je n’étais même pas triste

En 2010, papa meurt brutalement d’une crise cardiaque. Quand les médecins ont annoncé qu’ils allaient le débrancher, j’ai fait une soirée et je me suis sentis minable. Je n’étais même pas triste parce que je ne réalisais pas qu’il était mort. Il était parti, c’est tout. À 19 ans, la mort n’existe pas. Au début, je me disais surtout : « ça y est, je suis enfin libre ! Plus personne pour me fliquer, pour m’imposer des horaires, me dire ce que je devais faire ». C’était un soulagement et l’ouverture des vannes.

J’ai commencé aussi à me mettre en danger

À cette époque, je sortais en boîte 4 fois par semaine. Je faisais des « after ». Il me fallait de plus en plus d’alcool. Tout devenait une excuse pour boire, je refusais de voir des gens s’il n’y avait pas d’alcool. Je me nourrissais à peine, l’alcool me coupait la faim. J’ai commencé aussi à me mettre en danger. Je me suis cassé la jambe, le bras, le pied. Il m’est souvent arrivé de me retrouver en dehors de Paris, dans des banlieues que je ne connaissais pas, sans manteau, sans portable… et sans savoir ce qui m’était arrivé.

Chaque problème créé par l’alcool se réglait par l’alcool

Je ne réalisais pas que j’étais alcoolique. J’avais 21 ans ! Pour moi, je ne faisais que profiter de la vie. Pourtant, je commençais à trembler. J’avais besoin de boire pour supprimer les tremblements. J’avais aussi des gueules de bois de plus en plus violentes. J’étais sans cesse exténué alors je buvais pour me booster. Sans alcool, je n’arrivais pas à dormir. Chaque problème lié à l’alcool se réglait en buvant de l’alcool.

Je détruisais toutes mes relations et brisais tous mes couples

Je n’étais pas fiable, je devenais incohérent, violent et j’avais des pulsions de colère. Ce qui ne me ressemblait pas. Je détruisais toutes mes relations amicales volontairement et involontairement. Je devais retrouver de nouveaux potes pour boire sans entendre de reproches. Je m’isolais ainsi de mes vrais amis. Je brisais aussi tous mes couples. J’étais incapable de donner quoi que ce soit. Entre mes copines et moi, il y avait toujours l’alcool.

J’ai arrêté plusieurs fois pour prouver aux autres que je pouvais le faire

J’ai essayé d’arrêter 2 ou 3 fois. J’arrêtais 1 mois ou 2. Mais je ne le faisais pas pour moi, je le faisais pour prouver à mon entourage que je pouvais y arriver. Dès que je commençais à me sentir mieux, je me disais : « allez c’est bon, tu as prouvé aux autres et à toi même ce dont tu étais capable. » Les rechutes étaient toujours plus douloureuses. Je tombais encore plus bas.

Me mettre en black out c’était ma façon de mourir

À force de mentir et d’essayer d’avoir le contrôle sur ma consommation, ces 9 années d’alcool m’avaient épuisé psychologiquement et physiquement. Les moments d’abstinences ratées, les drames, les échecs, la tristesse, la honte. Je fuyais la réalité. Me mettre en black-out c’était une façon de mourir, de ne plus rien ressentir. J’étais tellement mal. Je ne savais pas ce que j’allais faire de ma vie. J’ai eu envie d’en finir mais je n’arrivais pas à passer à l’acte. Je me disais : « même ça tu n’y arrives pas ! »

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Tu peux le faire via son compte Instagram : https://www.instagram.com/mulliezbaptiste/
Ou via son site internet : www.baptistemulliez.com

Lire épisode 2 : Baptiste Mulliez, 29 ans : « L’amour de ma mère m’a sauvé de l’alcoolisme »

Propos recueillis par Valérie François / CIDJ / Décembre 2020
Illustration : CIDJ

   

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