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Off February : quand des lycéens lèvent les yeux de leur écran

Jeune femme cherchant son chemin avec une carte

Pas de smartphone donc pas de GPS, pas de notifications, pas de scroll. Juste une balade entre potes. À Paris, dans le cadre du Off February, des lycéens ont participé au Walk instead of scroll (marcher au lieu de scroller), une marche de 5 kilomètres pour prendre conscience du temps passé sur les réseaux… et de ce qu’on rate quand on garde les yeux sur l’écran.

En février 2026 démarre la première édition du Off February. Le principe ? Un mois pour lever le pied sur les réseaux sociaux en enlevant les applis de son téléphone. Un peu comme le Dry January avec l’alcool, mais version écrans. Parmi les actions organisées dans toute l’Europe, le Walk instead of scroll (marcher au lieu de scroller) a eu lieu samedi 7 février dans plusieurs villes, dont Paris. Santé Addictions s’est glissé au cœur d’un groupe de dix lycéens, accompagnés de leur prof de sciences économiques et sociales, bien décidés à relever le défi.

5,04 km : la distance que tu scrolles sans t’en rendre compte

Rendez-vous place de l’Hôtel de Ville, à Paris. Objectif du jour : 5,04 kilomètres de marche. Pourquoi ce chiffre précis ? « D’après une étude*, on scrollerait en moyenne l’équivalent de 180 mètres par jour sur son smartphone. Multiplié par les 28 jours de février, on arrive à 5,04 km », explique Victor Fersing, organisateur du Off February en France. Autrement dit : aujourd’hui, les lycéens vont marcher ce qu’ils scrollent habituellement sans y penser pendant un mois.

Téléphone contre plan en papier

Il est 10 heures. Avant le départ, Jean Latreille, professeur au lycée Jean-Macé de Vitry-sur-Seine, rappelle la règle principale : « Pendant la marche, les téléphones sont interdits. Donnez-les-moi. » Sans trop râler, les élèves s’exécutent. En échange, ils reçoivent… une plan papier avec l’itinéraire. « Ça va être chaud de s’orienter sans téléphone », souffle Hassan. « J’ai jamais utilisé de carte, j’ai pas l’habitude. »

“Ne pas avoir mon téléphone, ça me stresse”

La petite troupe démarre d’un bon pas. Des groupes de trois ou quatre se forment. Tout au long du parcours, des mini-défis invitent les élèves à observer leur environnement. Mais le réflexe du téléphone est tenace. « J’ai toujours mon téléphone dans la poche droite et ne pas l’avoir, ça me stresse », avoue Younès. « On a tellement l’habitude d’avoir le téléphone sur soi que ça manque. Heureusement que mon portefeuille a la même forme… mais je me demande tout le temps : il est où ? », renchérit Hugo.

Smombies : quand le smartphone transforme les piétons en zombies

Le Walk instead of scroll fait référence aux smombies, contraction de smartphone et zombie.
« Certaines personnes ne lèvent plus les yeux de leur écran en marchant », explique Victor Fersing. « En Corée du Sud, des panneaux au sol ont été installés pour éviter les accidents. En Chine, certaines villes testent des voies réservées aux piétons sur smartphone. »

L’idée de cette marche est simple : reprendre conscience de ce qui nous entoure, le temps d’une balade.

Sans téléphone, on parle et on invente des jeux

Au fil des kilomètres, le manque se fait moins sentir. « C’est bien parce qu’on est entre copains », sourit Maya. « On ne prend pas souvent le temps de se balader ensemble comme ça. Franchement, on ne l’aurait pas fait tout seuls. » Saad ajoute : « Ça nous a obligés à inventer des jeux tous ensemble pour s’occuper. On a bien rigolé. »

Observer au lieu de photographier

Arrêt place des Grands Hommes. Face au groupe : le Panthéon. Derrière eux, la mairie du 4ᵉ arrondissement. Une troupe de musiciens orientaux joue pour un mariage. Les élèves s’arrêtent, observent, attendent la mariée. « C’est qui sur la photo ? », demande l’un d’eux, en montrant un portrait sur le monument. « Robert Badinter », répond une camarade. « C’est lui qui a aboli la peine de mort. »

« Si on avait eu nos téléphones, on aurait direct pris des photos », remarque Saad. « Là, on a vraiment regardé. Les souvenirs, on les garde dans la tête. »

28 jours de scroll en une heure de marche

Après un peu plus d’une heure de marche, le groupe arrive devant l’Institut du monde arabe.
Bilan ? Le professeur demande si le téléphone leur a manqué. Seulement quatre élèves sur dix lèvent la main. « Ça fait du bien », dit l’un d’eux. « Avec le téléphone, on est chacun dans notre bulle. Là, on a vécu un moment tous ensemble. »

La discussion dérive sur le piège du scroll infini. Certains disent gérer. D’autres utilisent des astuces. Un élève parle de l’appli Focus Tree, qui bloque les réseaux sociaux : « Une heure avant de me coucher, je bloque tout et comme ça je m’endors direct. »

Retour à la réalité… et avalanche de selfies

La marche est terminée. Les élèves réclament leurs téléphones. Soulagement général.
« Je suis content de l’avoir retrouvé », confie Younès. Les écrans s’allument. Les selfies fusent. Le scroll, lui, attendra… au moins jusqu’au trajet retour. Parce qu’un mois sans réseaux, ça reste quand même un défi.

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*Etude OnePlus 2019 sur l’utilisation des smartphones en Europe

Valérie François / 2026

Crédits : Istock

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