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Guillaume, 25 ans : joint, alcool, drogue et vidéo

Du premier joint à la drogue dure en passant par la bouteille de whisky, l’adolescence de Guillaume a été un long processus de destruction. Il aurait pu ne jamais revenir de ce voyage au bout de lui-même. Aujourd’hui, il a 25 ans, et grâce au soutien de sa famille, il s’est sorti de ses pires addictions et a repris sa vie en main. De sa descente aux enfers jusqu’à sa reconstruction, il a accepté de nous raconter son histoire. Une série en 3 épisodes.

Je voudrais tout d’abord replacer le contexte familial dans lequel j’ai grandi. Mon père et ma mère étaient tous deux déjà mariés avant de se rencontrer. Ils se sont connus en allant déposer leurs enfants à la crèche. Ils ont vécu une histoire d’amour et ma mère s’est retrouvée enceinte de moi. Elle a quitté son mari mais mon père n’a pas fait de même avec sa femme. Elle a alors dû élever seule un bébé et ses deux autres fils issus de son premier mariage. J’ai peu connu mon père avant l’âge de 3 ans.

Dès 10 ans, j’ai commencé à jouer aux jeux vidéo

Je vivais néanmoins entouré par l’amour de ma mère, mes frères et mes grands-parents. Ma mère a finalement refait sa vie, mais la situation s’est peu à peu détériorée. Nous sommes passés du bonheur au cauchemar en 2 ans, de manière inexplicable. Le comportement de mon beau-père était devenu inacceptable. Il y avait de la violence à la maison. Dès 10 ans j’ai commencé à jouer aux jeux vidéo pour me libérer l’esprit. Je n’ai personnellement jamais été frappé mais j’avais peur pour ma mère et mes frères. À l’école, je n’ai jamais eu beaucoup d’amis car je manquais de confiance en moi. Je rentrais aussi très vite à la maison pour être auprès de ma mère autant que possible. Bien sûr, je ne faisais plus grand chose à l’école. Heureusement, au bout de quelques années, ma mère s’est séparée de son conjoint. C’était difficile financièrement mais le calme et la paix sont revenus à la maison.

16 ans, ma première clope, mon premier joint

En 3e mes résultats scolaires étaient si catastrophiques que j’ai fait un CAP cuisine en alternance. Au début, j’avais de bonnes notes. J’aimais même plutôt bien mes études. Mais ça n’a pas duré longtemps. À cette époque, je ne fumais pas et je ne buvais pas contrairement à la plupart des élèves. Mais je passais 8 à 10h de mon temps devant l’ordinateur. Un jour, un de mes grands frères qui était parti vivre avec son père est rentré à la maison. Il me voyait accro aux jeux vidéo et très seul. Il a voulu me prendre sous son aile et on a commencé à sortir ensemble. Un soir, je lui ai demandé une cigarette. Le même soir, il m’a proposé un joint. J’avais 16 ans.

Avec un joint, je me sentais intégré au groupe

C’est vite devenu une habitude. Dès les premiers joints, j’ai commencé à acheter ma propre consommation. J’en avais toujours sur moi. Je n’aimais pas spécialement fumer mais cela me donnait une certaine assurance face aux autres. J’avais peur de leurs regards, peur de ne pas être accepté. J’ai voulu faire comme tout le monde. Avec un joint, je me sentais intégré au groupe. Je fumais du matin au soir, mon cerveau était complètement endormi.

Fumer du cannabis était devenu un « style de vie »

Je fumais à l’école dès que je le pouvais. Le matin en me levant, à chaque pause, le midi, à la sortie, le soir. Je faisais acte de présence mais je n’étais pas là. C’était devenu ce que je pensais être un « style de vie ». En revanche, je ne fumais pas pendant mon apprentissage. J’étais dans un très bon restaurant et j’y ai beaucoup appris. J’ai eu mon diplôme mais je n’avais pas vraiment envie de continuer dans cette voie. J’avais perdu une part de volonté. Mais j’ai choisi la facilité et j’ai continué en bac pro cuisine dans un autre lycée.

J’ai commencé à fréquenter des gens peu recommandables

Dans cette nouvelle école, là encore, la moitié des élèves fumaient. Et moi, je fumais encore plus. Je travaillais en alternance dans un restaurant chic à côté de chez ma mère. J’ai commencé à fréquenter des gens du quartier pas vraiment recommandables : alcooliques, drogués. La plupart n’avait pas de travail, certains vivaient dans la rue. Au fond je n’avais pas de vrais amis. Je rentrais chez moi très tard le soir. Parfois, pas du tout. Ma mère était loin d’imaginer ce qui se passait vraiment dans ma vie. Fumer était devenu une telle habitude que je ne me posais aucune question. En dehors de la maison, tout mon entourage fumait du cannabis. La seule personne qui a commencé à se rendre compte de mon addiction est mon grand frère. Il m’en parlait un peu mais lui aussi fumait beaucoup. Alors quelle valeur avait sa parole ?

Propos recueillis par Valérie François / CIDJ / Août 2020
Illustration : CIDJ

   

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